- Crédit : Club de tir de Morgins
Au terme de trois ans de fermeture forcée pour cause de pollution, les chasseurs et les amateurs de ball-trap ont retrouvé il y a trois semaines leur stand de tir de l'Eau Rouge à Morgins. Un soulagement pour les as de la gâchette qui feront résonner près de 30’000 coups de feu par an.
Après 40 ans d’activité, le site a dû être excavé sur 5'000 m2 afin de retirer en profondeur le plomb, l’antimoine et le goudron (hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)) générés par les grenailles et les plateaux d’argile du tir aux pigeons. La terre ainsi retirée est ensuite traitée dans différents centres spécialisés pour enlever tous les polluants. Ce travail monumental, avoisinant le million de francs, 40% à charge de la Confédération, a été complété par l’installation d’un filet de protection automatique pour 150'000 francs supplémentaires au-dessus de la Vièze, pour éviter toute contamination du cours d’eau qui traverse le stand.
Une réouverture salvatrice
Pour préserver le terrain sur le long terme, des cartouches sans métaux lourds sont utilisées depuis 2016 et une récupération plus fréquente des douilles est prévue. Un chantier qui redonne un second souffle à la pratique du tir dans la région et qui suscite un fort engouement des 120 membres du club de tir aux pigeons de Morgins. «L’annonce de l'inauguration le 19 juin a remis notre structure sur les rails. Nous venons de vivre une assemblée générale record en matière de participants. Les sportifs étaient impatients de réinvestir les infrastructures» , témoigne Charly Rey-Mermet, président de l'organisation. Un enthousiasme qu'il espère voir contribuer à renflouer les caisses du club. "On aura besoin de liquidités pour assumer les nombreux crédits destinés à la remise en état du lieu."
Hydrocarbures, anciennes décharges industrielles, PFAS, le canton du Valais compte de nombreux sites pollués. Au-delà de cet héritage industriel, les stands de tir font également partie des zones prioritaires à dépolluer. «A terme, le risque de contamination des eaux souterraines et de surface est bien présent. Le nettoyage des buttes de terre constitue une des mesures proportionnées et efficaces» , détaille Yves Degoumois, chef de section au service de l’environnement.
Dépolluer ? Un travail coûteux de longue haleine
Sur les 265 stands de tir actifs en Valais, 86 ont été assainis depuis 2019, 18 sont en attente d'analyses, 11 sont sous surveillance, 49 doivent encore être dépollués alors que 113 ne nécessitent aucune mesure. Fermée depuis 2022, l'unique Fosse Olympique du Valais à Dorénaz est en attente d'une solution entre la commune, le canton et l'Armée Suisse pour financer l'opération estimée à près de 2 millions de francs. Un chantier au long cours qui poussent les tireurs à modifier leurs habitudes sportives. «Certains ont préféré ranger leur fusil le temps que les travaux démarrent en 2027. Nous les irréductibles, nous nous rendons chez nos voisins français à Thonon, à Versoix ou à Berne pour pratiquer notre passion.»
Du côté du Botzache à Fully, la réouverture complète n'est pas prévue avant 2028, selon le président Fabrice Ançay. «Le 150m et le lièvre sont déjà remis en route. Nous devons trouver les 210'000 francs pour protéger la rivière, qui conditionne la relance du tir au sanglier.»
Antoni Da Campo








































