- Pour Johanna Maurer, Claudine Barman, Maurice Donnet et Guy Rouiller, la cohabitation entre voiture, piétons, familles et cyclistes fonctionne bien. Crédit : Radio Chablais
La grogne monte chez les exploitants du Vallon de They à mesure que la fermeture de la route de Chésery approche. En une semaine, les gérants du restaurant d'Alpage du Vieux They, de l’Alpage de Tovassière, les agriculteurs et les apiculteurs montheysans ont réuni près de 3’000 signatures, dont 1'500 en ligne, contre les restrictions de circulation imposées par les communes de Monthey et Troistorrents du 1er au 16 août 2026, de 8h30 à 17h00.
Cette piétonnisation, accompagnée de deux navettes toutes les 20 minutes au départ du parking gratuit de Val-Joie à Morgins, vise à favoriser la mobilité douce, à assurer la sécurité des piétons et à préserver ce site naturel du surtourisme. La présidente Chorgue Corinne Cipolla est convaincue des bénéfices de ce système : « On sait que de nombreuses familles avec enfants et les personnes âgées monteront plus volontiers à Tovassière en sachant qu’il est possible de redescendre en bus.» Face aux nombreuses critiques et à la levée de bouclier de la population, l'édile tient bon. «Peu importe le nombre de paraphes récoltés, nous ne reviendrons pas sur notre décision car nous souhaitons lutter contre le surtourisme qui touche ce vallon. Il ne faut pas attendre un accident pour prendre des mesures.»
« Peu importe le nombre de paraphes récoltés, nous ne reviendrons pas sur notre décision. »
Concrètement, une barrière connectée permettra aux véhicules autorisés de débloquer le passage grâce à leur numéro de téléphone. «Ce n’est pas une interdiction totale car toute personne ayant un besoin impérieux d'utiliser la voiture (agriculteurs, employés, apiculteurs, bus touristiques) pourra obtenir une dérogation», assure Corinne Cipolla. «Cette phase pilote permettra également d'ajuster le concept, de concert avec les professionnels.» L'élue rappelle l'exemple concluant du Lac de Taney où la circulation a été interdite depuis deux ans et un bus mis en place. «Les restaurateurs et habitants sont ravis du retour du calme grâce à un tourisme raisonné.»
Un coup de massue pour les locaux
Lors de notre visite sur place mercredi, la terrasse bourdonne de visiteurs et le service va bon train au Vieux They qui emploie chaque été 13 saisonniers. Attablés, les opposants se perdent en conjectures, fustigent la décision unilatérale des municipalités de Monthey et de Troistorrents ainsi que le manque d'informations. Au nom des pétitionnaires, Guy Rouiller, apiculteur à Morgins, dénonce des mesures disproportionnées qui mettent en péril les activités agricoles et touristiques. «La bourgeoisie a investi plus d’un million de francs pour rénover la buvette, cette limitation routière contrariera la rentabilité du lieu.» Gérante du bistrot, Claudine Barman affirme avoir reçu deux annulations d'envergure à la suite de l'annonce et craint le pire pour son chiffre d'affaires. «Une fête de famille et un anniversaire de plus de 100 personnes prévus sous la cantine au mois d’août ont déjà été rayés de l'agenda.
«Nous avons reçu plusieurs annulations conséquentes pour le mois d'août.»
Réunis en collectif, les exploitants appellent plutôt à la mise en place de solutions ciblées comme la lutte contre le parking sauvage, la création d'une zone 30, l'installation de gendarmes couchés et l’aménagement d’un sentier accessible aux personnes à mobilité réduite. «Entre la météo, l'absence d'eau potable et d'électricité au chalet, ajouter de nouvelles restrictions compliquera notre travail et notre vie», réagissent sur Facebook les tenanciers de Tovassière. Joanie et Emanuel Rey-Mermet contestent une surfréquentation et appellent les autorités à revoir leurs priorités. «Des VTT descendent à vive allure, le chemin menant à la cascade des Fontaines Blanches se dégrade, certains ponts sont fragilisés et la signalisation est insuffisante.»
«Ajouter de nouvelles restrictions ne ferait que compliquer davantage notre travail et notre vie.» - Joanie et Emanuel Rey-Mermet Crédit : La Tovassière
Du côté de la municipalité de Troistorrent, on rappelle que la construction d’un nouvel itinéraire à mobilité réduite avait été envisagée mais s’est avérée trop contraignante. «Cela coûterait plusieurs centaines de milliers de francs et l'aménagement en zone forestière nécessiterait pléthore d’autorisations impossibles à obtenir», détaille Corinne Cipolla.
« Nous sommes prêts à aller jusqu’au bout pour faire respecter nos droits et nos intérêts. »
La mise en place des deux bus touristiques et la fermeture de la route coûteront près de 10'000 francs à la commune de Troistorrents pour deux semaines d’essai. En cas de pérennisation du dispositif l’été prochain, le canton du Valais pourrait financer une grande partie du service de bus. D'ici-là, les opposants déposeront la semaine prochaine les milliers de signatures de leur pétition auprès des administrations concernées pour faire entendre leur voix. Et Claudine Barman de mettre en garde : «Nous sommes prêts à aller jusqu’au bout pour faire respecter nos droits et nos intérêts.»
Antoni Da Campo










































