- Les castors vivent fidèlement en couple et partagent leur territoire avec leurs petits durant deux ou trois ans. Crédit : Roger Villet
Après la sécheresse estivale, les castors du Chablais retrouvent un peu de répit dans nos cours d’eau.
Outre les nombreux étangs qui bordent le Rhône, une centaine de ces gros rongeurs ont élu domicile dans des zones humides variées telles que l’Avançon à Bex, le Grand Canal à Chessel ou encore au sein de la réserve naturelle des Grangettes à Villeneuve. Si ce site humide, classé d’importance mondiale, se porte aussi bien et n'a jamais été à sec, c'est notamment grâce à la vingtaine de mammifères qui s'y épanouissent depuis 20 ans.
«Ces derniers y ont construit une série de barrages dans les différents canaux. A force de bloquer le courant, la réserve a été inondée de manière permanente», s'amuse Pierre-Alain Marro, responsable du Chablais pour l’association Beaverwatch, spécialisée depuis 16 ans dans le suivi et le recensement de l’espèce. Une élévation soudaine des eaux qui a obligé il y a deux ans la commune à installer une passerelle en bois sur pilotis, en lieu et place du sentier originel.
En plus d’offrir un refuge aux espèces menacées par les fortes chaleurs et de multiplier la biodiversité dans les rivières par 62 (par rapport à des zones non revitalisées), leurs retenues d’eau contribuent à irriguer les champs, à favoriser la recharge des nappes phréatiques, à stocker du carbone et même à améliorer la qualité de l’eau dans nos régions fortement bétonnées. «Lorsque les averses sont intenses, les niveaux d'eau montent rapidement. Le castor ralentit puis diffuse ces flux. Une temporisation qui évite certaines inondations», illustre le fondateur de l'association.
Depuis sa réintroduction en Suisse en 1956, 5'000 castors peuplent les cours d’eau du pays, une colonisation qui ne cesse de croître car l'espèce est protégée au niveau fédéral. Une bonne nouvelle pour les 6'000 km de rivières que compte le canton de Vaud à en croire Pierre-Alain Marro. «Le rongeur n'est de loin pas partout présent. Ce sera un allié de taille pour renaturer ces lieux car il réalise ce travail gratuitement et avec plus de succès que nous.»
Si la cohabitation avec l'animal est souvent harmonieuse, il peut parfois causer des désagréments en fragilisant des bâtiments en creusant des galeries. Heureusement, le Vaudois possède plusieurs mesures de médiation. «De nombreux conflits sont résolus grâce aux discussions sur le terrain avec les propriétaires. Sinon, il est possible d'abaisser, de déplacer ou de retirer le barrage problématique, de protéger les cultures et les arbres ou même de poser un grillage dans le sol.»
Le castor, éternel bâtisseur, est plus à l’aise dans l’eau que sur terre mais peut s’adapter à l’assèchement temporaire des rivières. Les récentes précipitations restent toutefois insuffisantes pour restaurer de nombreuses zones aquatiques. Une situation qui rend les individus vulnérables aux prédateurs comme le renard, le lynx ou le blaireau. «Leurs terriers sont bâtis sous l'eau. La baisse des niveaux les expose dès lors à la mort», déplore le naturaliste.
Si le castor était autrefois observable jusqu'à 700 m, il vit désormais jusqu'à 1'200 m, signe d'une évolution favorable de la végétation en altitude induite par le réchauffement climatique.
Antoni Da Campo










































