- René-Pierre Quentin ne manque pas d'archives dans son domicile de Sion. (© Radio Chablais)
Unique buteur suisse de la Coupe du monde 1966, le Chablaisien René-Pierre Quentin replonge avec émotion dans ses souvenirs de l’édition anglaise, soixante ans après. Les anecdotes du Collombeyroud de 82 ans ne manquent pas.
Soixante ans ont passé, mais certains souvenirs ne s’effacent pas. Lorsque René-Pierre Quentin évoque la Coupe du monde 1966, les images lui reviennent avec précision, et le sourire ne quitte pas ses lèvres. 13 juillet, Sheffield. La Suisse affronte l’Espagne et finira par s’incliner 2-1. Mais jusqu’à l’heure de jeu, la Nati menait 1-0, grâce à une réussite tombée à la 31e minute de jeu. L’œuvre du Collombeyroud, aujourd’hui âgé de 82 ans. « C'était sur un débordement de Vittore Gottardi, qui a centré depuis l’aile droite. C'était d’ailleurs ma spécialité de marquer des buts sur des centres », se remémore-t-il. « J’en avais même marqué un deuxième, qui a été annulé pour je ne sais quelle raison… Comme si les arbitres ne voulaient pas que la Suisse batte l’Espagne ! »
Car si la Suisse est désormais une habituée du Mondial, disputant actuellement son sixième tournoi d’affilée en Amérique du Nord, une qualification relevait de l’exploit à l’époque. Alors en 1966, face à l'Allemagne de l'Ouest, la Roja et l’Argentine, les Helvètes luttent avec leurs armes. « On jouait contre des professionnels. Moi par exemple, j’avais dû prendre congé au travail pour aller en Angleterre. » Une comparaison lui vient ainsi naturellement : « C'était comme une course entre une Formule 1 et une voiture de tourisme. » Ce qui n’a pas empêché René-Pierre Quentin de se faire un nom, puisque son but l’a accompagné durant près de trois décennies, jusqu'au retour de la Suisse en Coupe du monde en 1994.
Pelé et Rivera avaient peur de rentrer au pays
« Chaque fois qu'il y avait une grande compétition, les journaux et tout le monde en parlaient. Comme quoi, il ne suffit pas de marquer dix goals. Il faut en marquer un, mais au bon moment et au bon endroit », plaisante celui qui réside à Sion. Au-delà du terrain, la Coupe du monde 1966 lui a offert des rencontres inoubliables. Lors d'une réunion organisée par la FIFA à Londres avec les nations éliminées, il côtoie des légendes comme Pelé, Gianni Rivera ou Giacinto Facchetti. « Ils n'avaient pas trop envie de discuter, parce qu'ils n'étaient pas contents d'être présents à cette cérémonie. La plupart avaient peur de rentrer chez eux, d'ailleurs. »
Des souvenirs précieux pour celui qui évoluait encore – à Sion et à Zurich – dans un football décrit comme du « sport-loisir », loin des standards de la Nati actuelle. Dans les années 60, rares étaient les Suisses à évoluer à l’étranger. Encore plus rares étaient ceux qui pouvaient faire du ballon rond leur métier. Les entraînements étaient beaucoup moins axés sur la condition physique. « À Sion, on me demandait de gérer dans les 30 derniers mètres. Je n’avais pas besoin de défendre. En discutant avec des amis, je dis toujours qu’on aurait de la peine à jouer actuellement. Mais je ne peux pas en être certain », sourit René-Pierre Quentin qui, jeudi soir à 21 heures, sera évidemment devant sa télévision pour voir la bande de Granit Xhaka croiser le fer avec la Bosnie-Herzégovine.
L'interview
Thierry Nicolet








































